Vendredi 11 juillet 2008 5 11 /07 /Juil /2008 22:54
- Publié dans : écologie

Une déclaration récente du regroupement international d'organisations  paysannes: "Via Campesina", dont fait partie le Mouvement des Sans Terre du Brésil (MST), et qui illustre assez bien une partie des débats que nous avons eus sur le thème de l' Ecologie politique dans la deuxième réunion publique de notre Comité NPA 19ème Belleville - Porte des Lilas.

Via Campesina

Pour une Convention des droits des paysans et paysannes

Déclaration de la Conférence Internationale

A l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, nous,  paysannes et paysans du monde, réclamons notre propre convention de Djakarta du 24 juin 2008.

Paysannes et Paysans, membres du Mouvement Internationale de Via Campesina, en provenance de 25 pays différents, nous sous sommes réunis durant cinq jours du 20 au 24 juin 2008, à l’occasion de la Conférence Internationale sur les Droits des Paysans à Djakarta, en Indonésie. Après sept ans d’intenses discussions sur les contenus et les stratégies, nos esprits sont pleins de courage et de confiance dans le fait que nous pourrons obtenir une Convention sur les droits des paysannes et des paysans dans le cadre des Nations Unies. Cette convention constituera l’une des pierres angulaires d’une vie durable pour les êtres humains de la planète.

Paysannes et paysans, femmes et hommes sans terre, travailleurs ruraux, peuples indigènes ainsi que petits et moyens agriculteurs, nous représentons presque la moitié de la population mondiale et sommes la colonne vertébrale des systèmes alimentaires. La crise alimentaire et le changement climatique nous démontrent de quelle manière des violations massives et systématiques de nos droits se sont produites.

Nous voyons combien le phénomène d’évacuation violente de nos terres a augmenté et comment nous avons été dépossédés de nos sources principales de subsistance. Autant les mégaprojets de développement que les grandes plantations pour les agrocombustibles, les grands barrages, les projets d’infrastructure, l’expansion industrielle, l’industrie d’extraction ou le tourisme, tous ces éléments ont contribué au déplacement par la force de nos communautés et ont détruit nos vies. Beaucoup de conflits armés et beaucoup de guerres sont menés actuellement dans des régions rurales. Confiscation des terres et destruction des cultures sont des armes fréquemment utilisées aujourd’hui contre la population civile rurale.

Nous ne parvenons pas à avoir un revenu qui nous permette de vivre dignement. La conjonction des politiques nationales et des conditions internationales est en train de nous conduire à l’extinction. Dans le cadre de ces politiques, il est important de mettre en évidence les processus de privatisation de la jouissance de la terre qui ont conduit à une concentration accrue de la propriété sur la terre, au démantèlement des services publics ruraux et de toutes le structures qui soutiennent la production et la commercialisation de la petite et moyenne agriculture, au développement de l’agro-exportation hautement capitalisée et dépendante des intrants (engrais, pesticides, semences, etc.), ainsi qu’à la mise en place de la liberté de commerce dans l’agriculture et dans les politiques de sécurité alimentaire basées sur le commerce international.

Dans beaucoup de pays, nous assistons à l’interdiction croissante de maintenir, de préserver, d’échanger et de cultiver nos propres semences. Notre connaissance et notre savoir sont en train de disparaître et nous sommes forcés d’acheter des semences produites par les entreprises transnationales dont les bénéfices ne cessent d’augmenter. Ces compagnies sont en train de produire des organismes génétiquement modifiés (OGM) et de développer les monocultures, ce  qui a pour conséquence la perte de nombreuses espèces et de la biodiversité en général.

De plus, nous, femmes paysannes, nous souffrons d’une double marginalisation : en tant que paysannes et en tant que femmes. L’entière responsabilité des soins  à nos familles  se trouve dans nos mains et la difficulté et l’incertitude que nous vivons en matière de santé et d’éducation nous obligent à effectuer de nombreuses heures de travail pour des salaires minimes. Les femmes qui travaillent comme journalières dans les champs sont forcées d’utiliser des produits chimiques qui mettent leur santé en danger.

Une violente oppression constitue l’expérience quotidienne du monde paysan. Nous sommes victimes d’emprisonnement et de torture, nous nous voyons harcelés et intimidés et nous sommes également victimes d’assassinats. Des milliers de paysannes et de paysans se voient criminalisés en raison de la lutte qu’ils mènent pour la défense de leurs droits. Et tant que femmes paysannes, nous souffrons également de la violence que nous font subir nos époux, nos compagnons et nos employeurs. Cette violence peut  être physique ou psychologique et peut aller jusqu’à menacer nos vies.

Nous avons hérité d’une longue histoire de luttes paysannes pour la défense de nos droits. La Déclaration Universelle des Droits e l’Homme et les principaux traités en matière de droits humains sont des instruments importants pour nos luttes d’aujourd’hui. Cependant, nous sommes d’avis que le moment est venu de rendre explicites nos droits individuels et collectifs, comme cela a d’ailleurs été fait pour d’autres groupes opprimés tels que les peuples indigènes ou les femmes, et que le moment de la souveraineté alimentaire est venu. Il existe des lacunes importantes dans l’interprétation et la mise en place des principaux traités en matière de droits humains existants lorsqu’il s’agit de les appliquer aux paysans. De plus, nous nous trouvons confrontés à une série de violations systématiques de nos droits, comme le sont par exemple les crimes commis par les grandes transnationales ou les accords de libre-échange eux-mêmes. Toutes ces violations doivent être examinées au regard de mesures et de mécanismes spécifiques qui garantissent la protection complète de nos droits.

Une future Convention sur le Droits des Paysans contiendra l’ensemble des valeurs du monde paysan, valeurs qui seront respectées, protégées et garanties par les gouvernements et par les institutions internationales. Un accent particulier devra être mis sur le renforcement des droits des femmes paysannes.

A travers cette proposition, nous entendons développer à différents niveaux une stratégie  visant à travailler de manière simultanée à l’échelle  nationale, régionale et internationale, afin de conscientiser, de développer des solidarités et de construire des alliances non seulement avec les organisations paysannes, mais également avec des organisations de travailleurs ruraux, d’ éleveurs, de peuples indigènes, de pêcheurs, de défenseurs de la nature, de femmes, de juristes, de défenseurs des droits de l’homme, de jeunes, de mouvements urbains,  de consommateurs ou encore avec des organisations religieuses.

Pour l’élaboration de cette Convention sur les Droits des Paysannes et des Paysans, nous chercherons également appui auprès de nos gouvernements et de tous les parlements et institutions travaillant sur la question des droits de l’homme. Nous lançons un appel à la FAO [Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation e l’Agriculture) et à la FIDA [Fonds International de Développement Agricole] afin que ces deux institutions remplissent pleinement leurs mandats en contribuant à la protection des droits du monde paysan. A cette fin, nous demandons au département des affaires juridiques de la FAO de bien vouloir compiler tous les instruments de protection  des droits des paysannes et des paysans existant au sein de cette institution. Enfin,  c’est devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies que nous présenterons notre Déclaration.

Nous organiserons des campagnes et des actions et nous lancerons un appel auprès de nos membres et de nos réseaux afin d’organiser la mobilisation en vue de notre Convention sur les Droits des Paysannes et des Paysans qui aura lieu le 10 décembre prochain, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

En raison des dangers que fait planer l’attaque néo-libérale capitaliste menée  aujourd’hui contre les systèmes locaux alimentaires et contre le monde paysan en général, nous lançons, au nom du bien et de l’humanité, un appel à unir toutes les forces possibles.

Globalisons la lutte ! Globalisons l’espoir !

(Traduction A l’Encontre)
(28 juin 2008)



Ce texte, plus précisément centré sur le Brésil, est consacré aux problèmes de la  "souveraineté alimentaire et énergétique" qui montre bien les mécanismes du modèle agro exportateur néo libéral et ses effets néfastes, texte du président du mouvement des Sans Terre (MST) du Brésil.

Brésil

En défense de la souveraineté alimentaire et énergétique des peuples

João Pedro Stédile et Dom Tomás Balduino *

L’épuisement évident de la Planète, par l’effet de serre, a provoqué au Brésil une euphorie autour du développement de l’agroénergie. Toutefois, le sujet est traité avec irrationalité en faisant usage de mythes mensongers. Le Brésil est considéré comme le futur grand producteur d’énergie en raison du fait qu’il possède de vastes surfaces de terres cultivables, d’importantes réserves d’eau douce, de bonnes conditions de luminosité et de climat, ainsi qu’une main-d’œuvre bon marché. Toutefois, la propagande faite autour de l’ «efficacité» de l’éthanol et son prix assez attractif sur le marché international sont basés sur la destruction de l’environnement et l’exploitation des travailleurs.

L’une des principales formes d’exploitation des travailleurs est relative au calcul des salaires, calcul qui est basé sur la quantité de canne coupée et non sur les heures travaillées. En moyenne, chaque travailleur coupe entre 10 et 15 tonnes de canne par jour, ce qui a causé des problèmes de santé dans l’Etat de São Paulo (le plus gros producteur du pays): y ont été comptabilisées, entre 2005 et 2006, 17 morts par épuisement dû à la fatigue. Entre 2002 et 2006, toujours dans le même Etat, le Ministère du Travail estime que 1383 coupeurs de canne sont morts en raison de divers problèmes de santé liés au travail. L’expansion de la monoculture de canne provoque non seulement une augmentation de l’épuisement physique des travailleurs, mais également d’autres violations de leurs droits qui découlent de la présence d’un fort chômage dû à la concentration de la terre au Brésil.

L’expansion des monocultures pour la production d’agrocombustibles repousse toujours plus loin les limites de la frontière agricole jusque vers l’Amazonie et le «cerrado» (savane) – deux des régions les plus riches en biodiversité et également berceau des principaux fleuves du pays. Ce sont d’ailleurs également ces deux régions qui empêchent la réforme agraire tant rêvée au Brésil.

Les grandes familles de propriétaires de la terre détiennent en leurs mains le 85% des emplois agricoles et le 70% des aliments produits dans le pays. Actuellement, le Programme de Biodiesel du gouvernement pousse les petits paysans à remplacer leur production d’aliments par des plantations agroénergétiques, avec pour objectif celui de mériter le label de «responsabilité sociale» et d’obtenir ainsi une meilleure acceptation de leurs produits sur le marché international. A cause de cela, l’on risque fort d’aller au-devant d’une pénurie d’aliments et de subir des hausses de prix considérables.

En plus de cela, divers groupes étrangers sont en train d’acheter de grandes usines de canne à sucre et d’immenses surfaces de terre afin d’y produire de l’éthanol. Les communautés paysannes et indigènes souffrent des impacts de ces projets qui augmentent encore la concentration – historiquement déjà très élevée – dans les mains des patrons d’usines. Comme on dit au Brésil, les patrons d’usines produisent du sucre et de l’alcool «au goût de sang». Mais même en sachant cela, le président Lula a récemment élevé ces patrons d’usines au rang de «héros nationaux et internationaux».

Considérant ces faits, nous demandons au gouvernement Lula: Que s’est-il passé avec sa proposition d’éliminer la faim au Brésil, quand on sait que le développement des agrocombustibles provoque une augmentation du prix des aliments ? Pourquoi le gouvernement Lula ne s’attelle-t-il pas à la réforme agraire, puisqu’il dit qu’il y a tant de terre disponible dans le pays ? Le président croit-il vraiment que les patrons d’usines soient des héros, comme il l’a déclaré récemment, même en étant au courant de l’exploitation dont les travailleurs sont victimes ?

De leur côté, les mouvements sociaux au Brésil continuent à exiger la réforme agraire et des politiques agroécologiques privilégiant la production d’aliments.

Il n’est pas acceptable de maintenir les réservoirs pleins au détriment de ventres vides. (Trad. A l’encontre)

* João Pedro Stédile fait partie de la coordination nationale du MST et de Via Campesina. Dom Tomás Balduino est membre du Conseil Permanent de la Commission Pastorale de la Terre.

(19 septembre 2007)

 


 

 

Par jean
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